NOUS SOMMES TOUS DES SCHIZOPHRÈNES CHINOIS !

Dans un univers totalitaire, il est clair que tout individu complètement normal sera par définition parfaitement cinglé.

Point n’est besoin de relire le « Zéro et l’Infini » ou de revoir « La déchirure » pour s’en persuader. Il n’en est pas moins vrai que l’inverse de cet axiome de base est une contre-vérité vérifiable par une simple visite touristique en hôpital psychiatrique. Tout le monde a pu constater que les vrais dingues, ça existe, même si la plupart des tueurs en série sont exemptés de cette appellation infamante pour des raisons obscures qui ont plus trait au besoin de punir de nos sociétés qu’à la réalité du fait pathologique.

Les gens parfaitement cinglés ne sont pas tous complètement normaux, loin de nous l’idée saugrenue de le prétendre ! Il n’empêche que ces derniers temps, on assiste à une inflation marquée de la nosographie sociopathologique et psychiatrique avec une très nette prépondérance concernant les comportements « anti-sociaux », la « schizophrénie », « les profils psychopathes » et autres fariboles verbales destinée à cataloguer ceux et celles qui ne rentrent pas dans le moule de plus en plus étroit de la normalité consensuelle. Car la mondialisation de la pensée dominante consumériste et sécuritaire a subrepticement introduit des normes comportementales de plus en plus précises : les hooligans, les marginaux, les polygames, les gens du voyage, les animistes, les paresseux, les toxicomanes, les réfractaires, les tabagiques, les dépressifs et les solitaires, (liste non exhaustive) chacun a droit a sa petite case d’anormalité répertoriée et rares sont ceux qui correspondent exactement au modèle à suivre. A savoir, pour les mâles, le gendre idéal, bon cuisinier et papa-gâteau au corps et à la psychologie d’agent du GIGN, ou pour la version féminine, la poupée Barbie chic croisée de mama docile aux fourneaux, style Carla Bruni reconvertie en Mamie Nova. Oui, il est de plus en plus difficile d’être considéré officiellement comme normal et ce Graal international du profil parfait est tendu en miroir aux alouettes à tous les publics, avertis ou non, des dangers de la normalisation des esprits.

Bien sûr, l’espace de normalité dépend de la culture et du pays, la pseudo grande anthropologue Margaret Mead constatait déjà avec une surprise naïve dans les années 40 que 90% des paysans Balinais réagissaient comme des schizophrènes aux tests américains qu’elle leur proposait. Quant aux Russes de la même époque, il leur suffisait de haïr Staline pour écoper d’une cure de sommeil prolongé en camp spécial, tout ça pour leur bien et celui de la collectivité.

Malheureusement rien n’a vraiment changé sur le fond, seules les formes se sont adoucies en surface pour mieux faire avaler au déviants la petite pilule anti-psychotique et « resocialisante », ce pour le plus grand bonheur des trusts pharmaceutiques transnationaux et des spécialistes de la normalité qui croquent sur le gâteau.

Les Européens s’apprêtent par exemple à pénaliser les clients des prostituées pour « acte anti-social », en France, les fumeurs de haschich doivent payer cash leur cure de normalisation, en Iran, en Arabie Saoudite, le même acte pourra être puni de prison ferme ou de mise à mort selon les conditions du moment. En Chine, les publicités pour les produits de « santé sexuelle » ou tout autre produit relatif au sexe (parapharmacie, herboristerie, gadgets et autres) sont désormais strictement interdites et envahissent pourtant les médias. Explication de cette schizophrénie très chinoise, dans un hebdo de Canton :

Aujourd'hui La Chine

Anti-social, inassimilables, psychopathes et schizophrènes. Voilà des gros mots que nous allons entendre de plus en plus souvent au fur et à mesure de la mise en place des différents pouvoirs forts destinés à maintenir le statu quo du capitalisme sauvage de la pénurie organisée.

Mais comment ne pas devenir double, triple ou quadruple quand on est obligé de faire sans cesse semblent d’être normal pour garder son boulot obligatoire ? Car la fracture sociale qu’évoquait Chirac notre grand éveilleur national s’est ramifiée à l’infini, clivant le socius jusqu’aux consciences individuelles et même, aux inconscients. Une fracture intérieure que chaque individu insularisé porte en lui quand il n’a pas la chance ( ?) d’être du côté du manche et des princes, un état mental lézardé où la nostalgie de liberté sape en permanence les certitudes creuses des slogans volontaristes en vogue, où les ritournelles de la propagande en trompe-l’œil donnent de plus en plus le vertige face à un réel qui se barre en sucette, où la colère rentrée des exploités devient d’autant plus destructrice pour les esprits et les corps qu’elle est privée de langage et d’espace d’expression.

Si comme nous le signalait encore récemment un haut fonctionnaire de l’ONU, « les états forts sont nécessaires pour garantir les retours sur investissement », alors les insoumis vont le sentir passer dans la crise qui s’annonce. Malheur aux réfractaires, la guerre aux inutiles est lancée, les apaches, les autonomes, les zozos vont trinquer. Pas de matraques ni de tasers ; sauf pour garantir l’hospitalisation en douceur. Pour suivre la tendance, il suffit d’observer ce qui se passe déjà en Suède, en Russie, en Finlande, en Chine. Les diagnostics de schizophrénie tombent désormais comme des prunes sur les pare-brise un samedi soir de pleine lune.

L’individu diagnostiqué est alors nursé, dorloté, recentré à coups de neuroleptiques et de coaching intensif, et on le guérira de sa tremblote induite avec une petite molécule miracle si nécessaire. Tant pis si le funambule agité du bocal qui gueulait « Mort aux keufs » grimpé sur un réverbère finit en obèse bavotant sur ses charentaises dans un atelier d’ergothérapie. On vendra les jolis caches pots en macramé sur le Web et de doctes crétins à légion d’Honneur viendront les exhiber en signe de réussite thérapeutique, assistée de bonnes sœurs aux dents longues.

On retrouve en effet les mêmes protagonistes de cette sinistre farce sous toutes les latitudes et dans toutes les religions. Les mêmes petites nonnes cernées, dévouées à l’ordre et à la propreté, les mêmes salopards qui baisent leur bonne le samedi soir et sermonnent benoîtement les voleurs de poules le dimanche ou les font interner pour violence et rébellion le lundi.

C’est pratique, la schizophrénie. Une véritable auberge espagnole. Chaque spécialiste, chaque pays a le droit d’établir sa définition. Chez les Birmans, ce ne sera pas nécessairement la même sauce qu’au Vietnam ou à Saint Petersbourg. Il est par exemple fortement déconseillé de s’asseoir en position du lotus pour méditer devant un commissariat à Pékin, tandis que le même geste pourra être parfaitement toléré à Copenhague. A l’opposé ne tentez pas d’expliquer à une petite flikiâtre fRançaise que vous avez craché à la gueule du contrôleur SNCF parce qu’il voulait vous faire payer une place supplémentaire pour le transport vos escargots vivants, vous risqueriez d’écoper d’une sévère injonction thérapeutique, surtout si vous évoquez comme excuse le fait que votre cousine hollandaise vous avait fait fumer de la skunk avant de prendre le train…

Bref, le monde devient totalement dingue et si l’on y regarde de plus près, on peut en conclure que NOUS SOMMES TOUS DES SCHIZOPHRENES CHINOIS. En effet, la Chine étant à l’avant-garde du totalitarisme marchand socialisé, ce sont ses réfractaires de tous poils qui actuellement dégustent le plus. Ils nous montrent ainsi ce qui arrive quand le Capital roi confisque les mémoires, et la Bureaucratie policière, l’espoir. Rassurez-vous, l’Amérique est elle-aussi sur la bonne voie. Les fumeurs sont déjà quasiment interdits de séjour en Californie, tout comme les amateurs de feux de cheminées pour cause de danger pour l’environnement. Comme quoi, ce ne sont pas les avions de L.A. qui nous font crever de chaud et nous pompent l’air, mais bel et bien les asociaux…

R I.